Une fois que notre société est en mesure de nous verser une rémunération qui nous permet de garantir le train de vie qui nous convient, se pose souvent la question du traitement de la trésorerie excédentaire qui est générée chaque année.
En tant que dirigeant(e), vous pouvez vous poser ces questions :
- Que faire de cette trésorerie excédentaire que je génère chaque année ?
- Faut-il investir via sa société ou en son nom propre ?
- Dois-je récupérer les fonds et les placer à titre personnel ?
- Mais sous quel format les récupérer ?
- Sous forme de rémunération, de dividendes ou un mix en une ou plusieurs fois ?
- Dois-je constituer une société holding pour investir au travers de cette structure et capitaliser à titre professionnel ?
Nous allons dans cet article vous partager des pistes de réflexion qui peuvent vous guider dans ce choix complexe.
Poser les bases :
Construire un patrimoine personnel solide
Avant d’envisager de capitaliser via votre société, il est généralement recommandé d’avoir constitué un patrimoine personnel.
Cette étape est indispensable.
Construire une épargne de précaution
Tout le monde devrait disposer d’une épargne de sécurité. Le dirigeant ne déroge pas à cette règle.
L’objectif : couvrir entre 6 à 12 mois de dépenses courantes.
Cette réserve de trésorerie peut être placée sur des supports liquides et sécurisée comme le Livret A ou le LDDS afin de pouvoir les retirer facilement en cas de besoin. En général, un minimum de 10 000 à 20 000 euros est recommandé, selon votre niveau de vie et votre tolérance au risque.
Être propriétaire de sa résidence principale
Avant d’investir via votre entreprise, pensez à sécuriser votre logement.
Être propriétaire de votre résidence principale est un pilier de stabilité.
Il est préférable qu’elle soit détenue à titre personnel, en nom propre ou éventuellement par l’intermédiaire d’une SCI à l’impôt sur le revenu.
Il est généralement recommandé d’éviter de mettre sa résidence principale dans une société à l’impôt sur les sociétés.
En effet, les amortissements seront pratiqués et vous perdrez le bénéfice de l’exonération d’impôts sur la plus-value dans le cadre d’une vente.
Aller plus loin en investissant à titre personnel
Le Plan Épargne en Actions (PEA) : un outil fiscal puissant
Un PEA (Plan d’Épargne en Actions) est un compte qui permet d’investir en actions européennes, mais pas que, tout en bénéficiant d’avantages fiscaux.
Les gains (dividendes et plus-values) sont exonérés d’impôts sur le revenu après 5 ans, à condition de ne pas faire de retrait avant.
C’est également l’un des supports d’investissement les moins chargés en frais du marché.
Le plafond de versement s’élève à 150 000 €.
Il est donc recommandé, avant de capitaliser via votre société d’exploitation ou via une société holding, d’atteindre ce seuil de 150 000 € sur un PEA qui restent l’enveloppe fiscale la plus avantageuse aujourd’hui.
Concernant la fiscalité, vos gains peuvent être composés de plus-values ou de dividendes à percevoir.
Les prélèvements sociaux à payer se font uniquement sur la plus-value, à hauteur de 18.60 % dès 5 ans de détention du PEA.
Le PEA apparaît donc comme une solution judicieuse avant de songer à capitaliser via votre société.
Assurance-vie : outil de capitalisation et de transmission
L’assurance vie reste l’un des placements préférés des Français, et ce n’est pas un hasard.
À la croisée entre épargne à long terme et outil de transmission patrimoniale, elle combine souplesse, fiscalité avantageuse et polyvalence.
Si ce sujet de transmission du patrimoine vous tient à cœur, les contrats d’assurance-vie sont un excellent moyen d’y répondre.
Vous pouvez en effet transmettre en dehors du cadre de la succession classique.
Jusqu’à 152 500 € de placement par bénéficiaire pouvant être transmis sans aucun droit de succession, à condition que les versements aient été faits avant les 70 ans de l’assuré.
Au-delà de ce montant, une taxation forfaitaire s’applique : 20 % jusqu’à 700 000 € transmis, 31,25 % au-delà.
Exemple de cas :
Si vous avez par exemple 2 enfants, vous pouvez décider de capitaliser à titre personnel et donc d’attendre d’avoir atteint 305 000 € sur des contrats d’assurance-vie avant d’envisager de capitaliser à titre professionnel.
Une fois ce patrimoine personnel déjà acquis, livrets, résidence principale, PEA et éventuellement contrats d’assurance-vie, alors la question de l’encapsulement commence à sérieusement se poser.
Cependant, d’autres variables sont à prendre en considération.
La pression fiscale
Si, à titre personnel, vous êtes dans une tranche d’impôt sur le revenu de 0 % ou 11 %, vous avez tout intérêt à sortir les liquidités de votre entreprise et à développer votre patrimoine personnel.
À ce niveau, l’impôt sur le revenu est plus bas que l’impôt sur les sociétés de 15 %.
Il vaut donc mieux rapatrier les fonds et les investir à titre personnel.
Vous pourrez les placer dans des supports fiscalement avantageux comme le PEA ou l’assurance vie.
Anticiper les prochaines évolutions fiscales
La nouvelle loi de financement de la Sécurité sociale de 2026 a par exemple engendrée une hausse des prélèvements sociaux sur les revenus du capital en passant de 17,20 % à 18,60 %.
Ce qui a eu pour conséquence la hausse de la Flat Tax de 30 % à 31,40 %.
Les projets de loi de finances des dernières années ont fait apparaître des potentielles hausses de la pression fiscale.
Certains ont évoqué la suppression ou la hausse du Prélèvement Forfaitaire Unique de 12,80 %.
Alors, n’est-il pas plus judicieux de capitaliser à titre personnel dès maintenant, même si cela demande un petit effort, plutôt que de sortir les fonds de votre société plus tard en payant plus cher ?
Votre argent, est-il mieux protégé dans votre société ou sur vos comptes personnels ?
Beaucoup de dirigeants pensent, à tort, que l’argent est plus en sécurité dans leur société que sur leurs comptes personnels. C’est une idée reçue qu’il faut nuancer.
Si votre argent est placé à titre personnel :
À titre personnel, vos comptes bancaires bénéficient d’une protection légale. En cas de défaillance bancaire, vos avoirs sont garantis à hauteur de 100 000 euros par banque et par titulaire.
Si vous faites face à une faillite personnelle, certains biens sont également protégés des créanciers, notamment votre résidence principale, à condition qu’elle ait été déclarée insaisissable.
En cas de décès, la transmission de vos avoirs est encadrée par le droit civil et fiscal, ce qui permet d’anticiper efficacement les conséquences pour vos héritiers.
Dans ce cas de figure, vous bénéficiez donc de solide protection.
Votre argent est placé sur votre société – le cas de la société d’exploitation
Dans une société d’exploitation, la trésorerie reste exposée aux aléas de l’activité.
Un impayé client, un contentieux ou un redressement fiscal peuvent compromettre directement les fonds de l’entreprise.
De plus, sortir de l’argent de la société n’est ni immédiat, ni neutre fiscalement : le versement de dividendes ou la modification du capital social entraînent souvent des coûts et des délais.
Si vous n’avez pas besoin de ces liquidités pour financer un projet à court terme, il peut être plus judicieux de les extraire, afin de sécuriser votre patrimoine personnel.
Votre argent est placé sur votre société – le cas de la holding patrimoniale
Dans le cas d’une holding patrimoniale, la situation est différente, vous bénéficiez d’une meilleure isolation.
En effet, la structure juridique est différente de celle de l’activité opérationnelle, permettant d’isoler les liquidités du risque d’exploitation.
Elle offre également une grande liberté en matière d’investissement, que ce soit dans l’immobilier, les titres financiers ou le capital-investissement.
La holding facilite les flux financiers entre sociétés, notamment grâce au régime mère-fille, tout en s’intégrant dans une stratégie patrimoniale plus large : transmission, démembrement, donation, etc.
Capitaliser à titre personnel ou professionnel, en résumé :
Pour conclure, il n’existe pas de solution unique. Le choix entre capitaliser à titre personnel ou via une société dépend de votre situation, de vos objectifs patrimoniaux et de votre horizon de temps.
Une stratégie mixte, s’avère souvent pertinente.
Détenir une partie du patrimoine en nom propre et une autre via une holding patrimoniale permet de combiner protection, souplesse et optimisation.
Cette répartition peut offrir le meilleur des deux mondes : sécurité personnelle et efficacité fiscale.
Enfin, mieux vaut se méfier des stratégies tout-ou-rien. Construire l’ensemble de son patrimoine au sein de structures à l’impôt sur les sociétés peut sembler séduisant sur le papier, mais comporte des risques si elle n’est pas encadrée.
La clé reste la cohérence entre votre structure patrimoniale et vos projets de vie.

